Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21 mai 2011

Tu no sabe inglé, de Nicolas Guillén

Faisant (ou ayant fait partie serait plus juste...) d'une chorale latino, la Chorale Popayan, nous avions appris une chanson cubaine qui était plutôt jolie et qui m'avait beaucoup amusée, il s'agit de "Tu no sabe inglé Bito Manué" de Nicolas Guillén, un grand poète Cubain.

mois cubain, chanson cubaine, nicolas guillen

Je vous mets tout d'abord les paroles et une tentative de traduction pour que vous voyiez le comique de cette chanson. Car elle est écrite comme la prononcent les Cubains, c'est à dire par exemple sans les S ou sans les consonnes finales (Con tanto inglés que tu sabias, la Americana te busca, tu le tienes que huir Victor Bito Manuel) et l'anglais est transcrit comme si c'était des mots espagnols, enfin.. cubains! Et donc le ye, c'est bien yes et le guan tu tri, c'est bien one two three ! Moi, ça m'éclate!

Tu no sabe inglé

Con tanto inglé que tú sabía,
Bito Manué,
con tanto inglé, no sabe ahora
desí ye.

(tu connaissais tellement bien l'anglais, Victor Manuel, tellement bien l'anglais, et maintenant tu ne sais même pas dire yes)

La mericana te buca
y tú le tiene que huí:
tu inglé era de etrái guan,
de etrái guan y guan tu tri.

(l'Américaine te cherche et tu dois la fuir : ton anglais était (du genre...) try one, try one et one two three)

Bito Manué, tú no sabe inglé,
tú no sabe inglé,
tú no sabe inglé.

(Victor Manuel, tu ne connais pas l'anglais, tu ne connais pas l'anglais, tu ne connais pas l'anglais)

No te enamore ma nunca
Bito Manué.
si no sabe inglé,
si no sabe inglé.

(ne tombe plus jamais amoureux, Victor Manuel, si tu ne connais pas l'anglais, si tu ne connais pas l'anglais)

En voici une version par le Choeur de Camagüey, ce sont donc des Cubains de la ville de Nicolas Guillén qui chantent et sur une mise en musique bien sympathique :

Alors ne faites pas attention aux sous-titres qui n'ont aucune logique (parfois ils écrivent les consonnes non prononcées, parfois ils les éludent...). Vous pourrez à la fin de la vidéo cliquer sur celle qu'on vous propose d'écouter à la suite, c'est la version de Pablo Milanés (que perso je n'aime pas bien, cet air mielo-nostalique alors que c'est une chanson doucement ironique et malicieuse!).

Et enfin la version géniale du groupe cubain Bola de Nieve (bien sûr il s'appelle Bola de Nieve (boule de neige) et le chanteur est aussi clair que l'obsidienne, ça m'éclate aussi!), vous allez clairement entendre la malice ici :

Ce billet fait écho aux deux de Sabbio qui présente un poème de Nicolas Guillén et un peu mieux cet auteur que moi (héhé, serait-ce un vrai zeugma ? ^^)

mois cubain, chanson cubaine, nicolas guillen, tu no sabe inglé

15:36 Publié dans Cuba, Musique | Lien permanent | Commentaires (7)

19 mai 2011

Sab, de Gertrudis Gómez de Avellaneda

Sab est le nom d'un homme à l'allure fière, au langage châtié, au port noble. Il n'a jamais connu son père, sa mère, dans son pays d'origine, était une princesse. Sab a été élevé avec Carlota, dont le père a toujours eu pour lui le plus bienveillant des regards. Cependant, Sab a la peau obscure, il est un esclave au service de Carlota de B... C'est lui qui gère l'équipe des servants de la famille de B... et comme il le dit si bien "l'âme est parfois libre et noble, même si le corps est enchaîné".

Sab, Gertrudis Gomez de Avellaneda, littérature cubaine

Enrique Otway est le fils d'un Anglais parti de rien et à arrivé à Cuba pour faire fortune. Après avoir fait ses études à Londres, le voici tout clinquant de retour dans l'île : un plutôt bon parti. Son père ayant pour lui le projet de le faire épouser la belle et la surtout riche Carlota de B..., souhaite surtout pour son fils et pour lui-même qu'en s'assurant d'une position, ils s'assurent également d'une belle richesse. Effectivement, ses affaires ont, depuis quelques temps, sévèrement tendance au déclin.

Cet extrait pour illustrer mon propos : "Il est notoire que les richesses de Cuba attirent de tout temps d'innombrables étrangers, qui grâce à quelqu'industrie et activité ne tardent pas à s'enrichir d'une manière ahurissante pour les indolents insulaires qui, se satisfaisant de la fertilité du sol et de la facilité avec laquelle on vit dans un pays d'abondance, s'endorment sous un soleil de feu et abandonnent à l'ambition et à l'activité des Européens toutes les branches de l'agriculture, du commerce et de l'industrie, grâce auxquelles ceux-ci fondent en quelques années d'innombrables familles."

Comme on peut s'en douter, Enrique Otway n'a rien contre l'idée de devenir riche et ne semble pas particulièrement dégoûté par la jeune et joyeuse Carlota, qui elle s'enflamme immédiatement pour ce jeune séducteur. Sab pour sa part flaire bien l'aspect tortueux de cette histoire, étant lui-même extrêmement attaché à sa maîtresse.

Cet extrait m'amuse : "Il se déclara alors prétendant de la demoiselle de B... et ne tarda pas à en être aimé. Carlota se trouvait à cet âge dangereux où le coeur ressent avec une grande vivacité le besoin d'aimer, et elle était de plus naturellement tendre et impressionnable. Une grande sensibilité, une imagination très riche et un esprit tout-à-fait vif sont des qualités qui, ajoutées à un caractère plus enthousiaste que prudent, devaient nous faire craindre pour elle les effets d'une première passion. Il était facile de prévoir que cette âme poète ne pourrait aimer longtemps un homme vulgaire, mais on devinait également qu'elle possédait des trésors d'imagination capables d'enrichir n'importe quel objet à partir du moment où elle voudrait les lui prodiguer."

Sab, Gertrudis Gomez de Avellaneda, littérature cubaine

Ce livre de Gertrudis Gómez de Avellaneda (ou Tula comme on l'appelle plus simplement) est un roman du XIXème siècle, dans la pure tradition romantique, mais sur fond de dénonciation sociale. La dénonciation de l'esclavage avec Sab, cet être à l'âme plus que noble (même s'il peut souvent sembler aussi un brin autain) et qui fait un véritable plaidoyer pour la liberté. Et la dénonciation en filigrane de la situation de la femme dans la société de l'époque qui n'est guère enviable, puisqu'elle n'a finalement aucun choix. Tula a grandi a Cuba puis est parti vivre en Espagne. On sent dans ce récit le grand attachement qu'elle porte au pays qui l'a vue grandir.

Un petit extrait : "Celui qui voudrait faire l'expérience, dans toute sa plénitude, de ces émotions indescriptibles, qu'il voyage parmi les champs de Cuba avec la personne aimée. Qu'il traverse avec elle ses monts gigantesques, ses immenses savanes, ses prairies pittoresques ; qu'il monte ses collines vallonnées couvertes d'une verdure luxuriante et qui ne flétrit jamais ; qu'il écoute dans la solitude de ses forêts le bruit de ses ruisseaux et le chant de ses oiseaux-moqueurs. Il sentira alors cette vie puissante, immense que n'ont jamais connue ceux qui habitent sous le ciel nébuleux du Nord; alors il faudra jouir pendant quelques heures d'une symphonie d'émotions... Mais qu'il n'essaie pas de les retrouver plus tard dans le ciel et dans la terre d'autres pays. Ils ne seront plus pour lui ni le ciel ni la terre."

CubaCheminDeFer.jpg

J'ai aimé ce livre pour son témoignage d'un temps, cette peinture d'une société passée, je l'ai aimé aussi pour cette langue avec des manières de dire que je n'avais jamais vues (est-ce parce que c'est du XIXè ou est-ce que c'est parce que c'est cubain? les deux sans doute..) et pour la richesse de la langue. Comme on lit un classique, en fait. J'ai aimé lire ce romantisme un peu exacerbé, qui m'a amusé, mais finalement La Princesse de Clèves c'est pas ça aussi ? J'ai aimé cette évocation des rites ou des histoires un peu magiques, des croyances de l'époque. Et surtout ce personnage, Sab. Vraiment, une image de son caractère nous reste en tête, il est fort, puissant, et fragile aussi : j'ai adoré cette liberté d'esprit malgré son statut d'esclave tout ce que cela implique d'impossibilités dans une tête et dans une vie.

PS : je m'excuse par avance d'éventuels contresens ou maladresses dans les extraits cités car mon texte est en espagnol et j'ai traduit comme je le sentais!

PS suite : Une anecdote qui en réjouira plus d'une (blogueuse)(kiltissime), Gertrudis G. de A. met en exergue d'un de ces chapitres ce cher Ecossais de... Walter Scott ! ^^

Logo_malecon-havane.jpg

17 mai 2011

Fresa y Chocolate, de Senel Paz

David, jeune communiste révolutionnaire conforme à la société cubaine des années 80, rencontre au Coppelia "La cathédrale de la glace" Diego, homosexuel qui vit en littérature et veille à ne pas faire de vagues dans cette société dans laquelle il n'est pas le bienvenu. David a pris une virile glace au chocolat, alors que Diego a choisi fraise et sa couleur rose. Ces deux-là n'ont rien en commun, et pourtant l'horizon culturel que Diego semble ouvrir à David fait que celui-ci revient le voir, et accepte même de le suivre chez lui pour voir ces livres interdits qui se passent sous le manteau...

Senel Paz, Fresa y chocolate, cuba, littérature cubaine, culture cubaine, mois cubain

Fresa y chocolate (titre original : El lobo, el bosque y el hombre nuevo // le loup, la forêt et l'homme nouveau), est une nouvelle d'une cinquantaine de pages qui met en scène cette rencontre improbable entre deux jeunes totalement opposés et qui, malgré toutes les réticences, se rencontrent réellement. Diego l'esthète fait découvrir à David toute cette richesse culturelle passée sous silence par le gouvernement. Diego le bavard nous évoque d'une part sa situation personnelle face à cette société rigide, étriquée et ne laissant place qu'à ce qui est défini comme conforme aux idées de l'Etat cubain, ainsi que ses passages dans les camps de l'UMAP (Unité Militaire d'Aide à la Production, dans lesquelles on enfermait les 'déviants'). D'autre part, il nous évoque tous ces grands esprits qui font la Culture cubaine, la poésie de Dulce Maria Loynaz, la danse de Alicia Alonso, la musique de Celina Gonzalez ou de Celia Cruz, et puis Cabrera Infante, le péruvien Vargas Llosa, Alejo Carpentier, José Marti bien sûr, Reinaldo Arenas en filigrane et surtout, surtout celui qu'il appelle Le Maître : José Lezama Lima. Cet auteur du chef d'oeuvre Paradiso (en lecture commune pendant le mois cubain je rappelle!) qui est présent tout à long du récit et en honneur duquel Diego va jusqu'à recréer pour David un déjeuner fabuleux raconté dans le chapitre VII de Paradiso : un déjeuner lézamien. C'est dire la légende!

Quoi qu'il en soit, ce livre est une plongée au coeur de la Cuba des années 70 et sûrement plus largement (car cela résonne encore dans les années 80, 90, 2000...), qui nous fait appréhender une situation tendue mais nous fait également approcher toute la richesse d'une Culture forte, et qui nous montre que les extrêmes, par cette culture, peuvent se rencontrer... Ce livre nous pousse nous-même à creuser toutes ces références évoquées par Diego, cet amoureux de la culture de son pays.

cuba, cinema cubain, culture cubaine, mois cubain

Une petite parenthèse pour aller au-delà du livre. Le livre a été adapté au cinéma en 1993 par Tomás Gutiérrez Alea et Juan Carlos Tabío (Senel Paz en a écrit lui-même le scénario) et a eu un gros succès à La Havanne. Il avait été joué de nombreuses fois au théâtre à Cuba également. On dit que ce livre est l'oeuvre la plus photocopiée à Cuba car il n'en avait été édité que 1.000 exemplaires. Pour aller plus loin, voici un petit lien d'une étude sur le film : http://nuevomundo.revues.org/59613

Une lecture que je conseille vivement !

le mois cubain