26 mars 2008

Autobiographie de tout le monde

de Gertrude STEIN.

Je crois que j'aurais aimé la rencontrer, pour la voir et l'écouter et sourire.

Voici quelques extraits de son "Autobiographie de tout le monde" dans l'édition Points, intéressants, amusants ou étonnants : 

 

page 65 :
"Pendant toute cette période je n'ai rien écrit. J'avais écrit et je n'écrivais rien. Rien à l'intérieur de moi n'avait besoin d'être écrit. Il n'y avait rien qui eût besoin d'un mot et il n'y avait à l'intérieur de moi aucun mot qui ne pouvait être dit et il n'y avait donc pas de mot à l'intérieur de moi. Et je n'écrivais pas. Cette histoire d'identité à commencé à me tourmenter. Je l'avais toujours été parce que j'avais à l'intérieur de moi des mots qu'il fallait écrire et maintenant n'importe lequel des mots que j'avais à l'intérieur  de moi pouvait être dit il n'avait pas besoin d'être écrit. Je suis parce que mon petit chien me connaît. Mais étais-je moi quand je n'avais pas de mot écrit à l'intérieur de moi. C'était très troublant. Je me disais parfois je vais essayer mais essayer c'est mourir un peu aussi n'ai-je pas vraiment essayé. Je n'écrivais rien."

page 292 :
"Nous sommes entrées dans le port nous avons repris le train et on est arrivé à Paris. Les villes que nous voyions me posaient un problème après tout les villes européennes du moins les vieux quartiers ont une architecture magnifique mais ce n'était pas le cas des quartiers neufs c'est-à-dire de tout ce qui a été fait depuis près de cent ans, et comme petit à petit les villes européennes sont de plus en plus neuves et que les quartiers neufs en Amérique sont plus beaux que les quartiers neufs en Europe peut-être que les villes américaines sont-elles plus belles que les villes européennes. Si c'est vrai c'est intéressant."

page 241 :
"Le reste de l'Amérique était très habité bien plus que je ne m'y attendais, les routes les campagnes étaient habitées la campagne semblait habitée et elle l'était mais pas la Virginie. Non pas la Virginie. Par la suite alors que nous allions en voiture d'une université à l'autre et que nous traversions des kilomètres de Virginie inhabitée Mrs Muncie m'a dit quand je lui ai dit cela oh oui mon père dit qu'en Virginie, c'est un homme intéressant mon père, il dit qu'il s'assied et qu'il laisse les pins pousser."

page 215-216 :
"J'aimais les photographes. Il y en a un qui est venu me voir et il m'a dit qu'on l'avait envoyé faire un lay-out de moi. Un lay-out dis-je, oui dit-il, qu'est-ce que c'est dis-je, oh dit-il c'est 4 ou 5 photos de vous en train de faire quelque chose. Bon dis-je que voulez-vous que je fasse. Voyons dit-il il y a là votre sac de voyage mettons que vous soyez occupée à le défaire, oh dis-je c'est toujours Miss Toklas qui fait ça oh non il m'est impossible de faire ça, eh bien dit-il il y a le téléphone mettons que vous téléphoniez, eh bien dis-je oui mais je ne téléphone jamais c'est toujours Miss Toklas qui s'en charge, eh bien dit-il que savez-vous faire, eh bien dis-je je sais mettre mon chapeau et enlever mon chapeau et je sais mettre mon manteau et je sais l'enlever et j'aime l'eau je peux boire un verre d'eau, parfait dit-il faîtes ça, j'ai donc fait cela et il a photographié ce que je faisais et le lendemain matin le lay-out était tiré et j'avais fait tout ça."

 

J'adore.

Lamalie

 

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24 octobre 2007

Carlos Victoria est mort...

C'est une bien triste nouvelle, j'en suis toute retournée. Carlos VICTORIA est mort. Je ne sais pas pourquoi, mais sachant qu'il vivait à Miami, qu'il était journaliste éditeur au Nuevo Herald, pour moi, c'était un lien possible avec un auteur que j'appréciais, et qui représentait beaucoup. Il était comme une petite lumière vers mon 'petit délire de mythe' Reinaldo ARENAS. J'étais bien loin, bien bien loin d'imaginer que je n'avais pas le temps de le lire davantage, ni de lui témoigner un brin de mon admiration, avant qu'il ne s'en aille. Carlos Victoria avait 57 ans. Il n'est plus. Et j'ai envie d'ajouter qu'en plus, pour moi, c'est une peu comme si Reinalo Arenas mourait une seconde fois.

Voici un article de Libération publié hier, ainsi qu'un commentaire de Liliane HASSON, traductrice de nombreux romans cubains dont plusieurs des deux auteurs cités.

http://www.liberation.fr/culture/286657.FR.php

Carlos Victoria, digne jusque dans la mort
Disparition - Exilé en Floride, l’écrivain cubain, auteur d’«Un pont dans la nuit», est mort à l’âge de 57 ans. Philippe Lançon QUOTIDIEN : mardi 23 octobre 2007

Le balcon de Carlos Victoria donnait sur un petit lac désert, à Miami. En bas, il y avait un hydravion. L’appartement, confortable et austère, ressemblait à un bateau échoué dans l’air, le silence et la propreté. C’est là que l’un des grands romanciers cubains de sa génération a avalé, le 12 octobre, une dose suffisante de médicaments. Il vivait seul avec son chat depuis le décès de sa mère. Il avait un cancer. Faute d’assurance suffisante, l’hôpital l’avait mis dehors deux jours après une opération lourde. A un moment, il s’est réveillé, très mécontent, semble-t-il, d’être encore là. Puis un coma sans retour l’a enveloppé. Carlos Victoria avait 57 ans. Il aimait les grands romanciers russes, Thomas Mann, Hermann Hesse et Albert Camus, qu’il ne lisait jamais quand il écrivait. Il aimait aussi le cinéma et les Moments musicaux de Schubert, qu’il écoutait même quand il écrivait.

Ayant renoncé à être journaliste pour ne pas écrire ailleurs que dans ses rares livres, il était éditeur au Nuevo Herald, le quotidien local. On peut lire en français : la Traversée secrète (Phébus), Abel le magicien (Actes Sud), et, surtout, Un pont dans la nuit (Phébus).

Ses nouvelles, peut-être le meilleur de son œuvre, ne sont pas traduites. C’était un homme bon, strict, discret. Le roman Un pont dans la nuit, publié en France cette année, dix ans après sa sortie, est l’histoire d’un Cubain qui vit au bord d’un lac et croit voir, de l’autre côté, un frère qu’il n’a jamais connu. Il part à sa recherche, la nuit dans Miami. L’exil et la dépression nettoient avec une efficacité physique le récit et les personnages d’élément inutile. Les solitudes américaine et cubaine se mêlent au clair-obscur. L’odeur des tropiques se fond dans celle des lotissements et des canaux de Floride. Quand nous l’avions rencontré là-bas cet hiver, il était dans les plâtras d’un roman et songeait à éditer des textes du Cubain Guillermo Rosales, dont il était l’exécuteur testamentaire.

Peu d’hommes donnaient autant que Carlos Victoria l’impression de saisir le cœur des hommes, revenu d’assez d’enfers pour comprendre le purgatoire des autres. Né à Camaguey, il était de la génération dite «de Mariel» – nom du port par où sortirent de l’île, en 1980, 23 000 Cubains. Avant cela, il avait été chassé de l’université à 20 ans pour «diversionnisme idéologique», placé d’office employé forestier dans sa région natale. Il avait brûlé ses textes avant son exil avec sa mère, folle depuis son abandon par le père de l’écrivain, avant la naissance de celui-ci. Carlos Victoria retrouva la trace de ce père par hasard quarante ans après, à Miami. Il alla le voir à Cuba, médecin mis à l’écart par le régime. Il n’a eu aucune complaisance pour le castrisme ; ni baigné dans la mise en scène d’un ressentiment dont il était dépourvu. Dignité est un mot fatigué, mais qui lui convient. L’une de ses nouvelles, l’Etoile filante, dépose sur un banc de Miami, au début des années 80, trois écrivains cubains pauvres, furieux, amis, exilés : Reinaldo Arenas, Guillermo Rosales et lui-même. Les trois meilleurs de leur génération, ce sont eux. Le premier avait le sida et s’est suicidé en 1990 à 47 ans. Le deuxième, fou, s’est suicidé en 1993 à 46 ans. Le troisième vient de rejoindre les deux autres sur le banc.

 
Commentaire(s) : 
 

Liliane Hasson : Carlos Victoria - Pour avoir traduit en français tous les livres que vous citez, outre un roman à paraître et des nouvelles, pour avoir eu avec Carlos Victoria, malgré la distance, des liens d'amitié jamais démentis depuis 25 ans, je partage entièrement votre estime et votre admiration envers l'homme et son œuvre. Mardi 23 Octobre 2007 - 12:34

 

Lamalie

PSP : les tristes nouvelles arrivant rarement seules... Brefle... 

 

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27 septembre 2007

Lune

"Elle retient son souffle pour mieux entendre celui du soir et de l'estuaire. Lentement sa respiration s'apaise, se met au diapason de celle des éléments. Elle entrouvre les yeux ; elle aperçoit le mince croissant de lune perché là-haut, si haut dans le ciel d'un bleu toujours plus sombre et dense. Petite corne de lumière blanche, incandescente, mais dressée au front de quel invisible animal ? Ou bien cil ébloui par l'effusion d'un songe, mais envolé de quelle paupière ? Ou encore apostrophe marquant l'élision de toute autre signe, -apostrophe absolue griffée sur le ciel nu et lisse, invitant au silence, à une attente indéfinie, à la patience."

Extrait de Tobie des marais, de Sylvie GERMAIN.

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19 juin 2007

Réédition de "La Couleur de l'été"

http://www.republique-des-lettres.fr/290-reinaldo-arenas....

Reinaldo Arenas

La couleur de l'été (éditions Stock)

Une idée reçue prétend que la critique littéraire ne sert à rien. Elle sauve au moins du ridicule: elle vous évitera la déconvenue de cette bourgeoise en goguette qui demandait l'autre jour dans une grande librairie bordelaise si La couleur de l'été de Reinaldo Arenas était le roman approprié pour aller passer quelques jours d'une fin de saison dorée sur la plage d'Arcachon. La couverture de ce roman posthume est à elle seule une page d'histoire littéraire. Arenas chez Stock? L'éditeur qui dirige cette maison est celui qui avait eu le courage de publier au Seuil les manuscrits que lui faisait parvenir avec mille difficultés le peintre Jorge Camacho qui signe l'illustration de la jaquette. Cette somme, au sens théologique (on y invoque Sainte Verge, Santa Marica dans l'édition originale publiée à Miami en 1991, un an après la mort de l'auteur) accumule, réorganise et orchestre les thèmes récurrents d'une oeuvre qui puise aussi bien dans le registre historique que biographique.
Pour fêter ses cinquante ans de pouvoir, Fidel Castro, alias Fifo, convoque à un gigantesque carnaval aux compatriotes, délégations étrangères et défunts illustres à qui il rend la vie pour l'occasion. La fête macabre, menée tambour battant, se déroule en 1999 et durera 600 pages. Toute réalité est ici investie, travestie, invertie, inversée, retournée dans un maelstrom linguistique époustouflant rendu par une traduction flamboyante. La critique universitaire a du mal à placer ce lutin qu'était Reinaldo Arenas aux côtés de figures marmoréennes comme Jorge Luis Borges, Pablo Neruda ou Juan Rulfo. Elle craint des secousses auxquelles on ne l'a pas habituée. C'est dommage! Elle verrait les enfilades d'Arenas se superposer aux délicates fresques de Pompeï et son parti pris héroï-comique et burlesque revisiter le Siècle d'Or. L'auteur réhabilite des genres affadis par l'opérette et leur redonne une efficacité satirique qui, par contrecoup, rend lourdes comme du plomb les célèbres invectives de Pablo Neruda. Reinaldo Arenas décrit ici l'effondrement d'une révolution, comme dit très justement Zoé Valdès, "surestimée par des opinions ou des situations externes", mais il s'écarte de ce qu'il est convenu d'attendre en la matière. Les froides comptabilités nord-américaines ne lui conviennent pas davantage que le prurit stalinien. Il revendiquait des choses simples, si simples qu'elles ont entrainé indirectement sa mort: vivre, faire l'amour, aimer, écrire. Mais il se heurtait à un antidote meurtier: la haine du désir, la haine de la littérature, la haine de la langue, la haine de soi. Logées au coeur de l'idéologie, au coeur de la langue, se confondant avec la littérature. Une telle tension, un tel bras de fer font de La Couleur de l'été un roman hystérique où l'individu est traversé par une blessure mortelle. C'est cette brèche que colmate la frénésie sexuelle. Voilà pourquoi on s'y encule tant !

Copyright © André Gabastou / La République des Lettres
mardi 1 octobre 1996

 

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30 avril 2007

Chère Carson

"C'était peu après notre arrivée à Paris. Un charmant jeune homme est venu nous voir, et m'a longuement parlé en français. Son débit était aussi rapide et, pour moi, aussi inintelligible que celui d'une cascade. Je n'ai donc rien compris de ce qu'il m'a dit, sinon qu'il me demandait quelque chose avec insistance. Mon amabilité et un manque total de bon sens m'ont poussée à lui répondre l'un des rares mots de français que je connaissais : "Oui." Le jeune homme m'a serrée la main avec force, s'est incliné, et a dit en s'en allant : "Ah bon ! Ah bon !" Il est revenu deux autres fois et la même cérémonie s'est déroulée. Comme tout semble étrange dans un pays que l'on ne connaît pas, je ne me suis inquiétée de rien jusqu'au jour où l'une de mes amies a débarqué à notre hôtel en me demandant ce qui, pour l'amour de Dieu, m'avait prise brusquement ! Elle a tiré de son sac une carte d'invitation, je l'ai lue dix fois et je me suis écroulée sur le lit. Cette carte d'invitation, merveilleusement imprimée, annonçait que Carson McCullers ferait à la Sorbonne, amphithéâtre Richelieu, une conférence sur les mérites comparés des écrivains français et américains contemporains. Cette conférence devait avoir lieu le lendemain soir. Mon mari a lu la carte et a préféré faire aussitôt nos bagages. J'ai téléphoné à un vieil ami de l'ambassade américaine, et il est venu nous voir. Il a ri, j'ai pleuré, et pendant quelques heures nous avons bu du scotch. Après avoir réfléchi, ce vieil ami m'a dit : "Comme il n'est pas question que vous fassiez demain soir à la Sorbonne une conférence en français, essayez de penser à ce que vous pourriez faire." J'ai jeté un coup d'oeil vers mon mari, qui continuait à faire nos bagages, et j'ai pensé à un poème que j'avais achevé récemment. Notre ami, ancien critique littéraire, a écouté mon poème et a estimé qu'il ferait l'affaire. Il a rédigé à mon intention quelques lignes d'excuse en français qui commençaient ainsi : "Je regrette beaucoup, mais je ne parle pas français." Le lendemain, je me suis rendue à l'amphithéâtre Richelieu, j'ai récité mon poème, et je suis restée assise sur l'estrade, en essayant de prendre un air intelligent, pendant que deux critiques discouraient sur les mérites comparés de nos deux littératures dans une langue que je ne comprenais pas*."

Carson McCullers. 

Extrait de "Carson McCullers, un coeur de jeune fille" de Josyane Savigneau.

* "La vision partagée" ("The Vision Shared"), in Le Coeur hypothéqué.

 

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09 septembre 2006

Un texte inédit de Reinaldo ARENAS

L’écrivain Reinaldo Arenas a écrit son « Eloge de Fidel Castro » en 1990, peu avant sa mort à New York.

ROGER SALAS - Madrid

EL PAÍS - International – 07/08/2006

Ce curieux article de l’écrivain cubain Reinaldo Arenas était resté inédit jusqu’à aujourd’hui. Il y a 18 ans, le quotidien français Libération en avait publié un bref extrait. Arenas l’avait écrit en mars 1990, peu avant sa mort, sur la proposition de Liliane Hasson, sa traductrice française, sa grande amie, la conseillère littéraire de ses exécuteurs testamentaires et sa rigoureuse biographe, dont le livre sera publié prochainement aux éditions Actes Sud. La prose débordante du romancier cubain est tempérée dans ce texte pour dessiner avec ironie et distance un portrait à la fois rétrospectif et prospectif de Fidel Castro. Il le dénude et le visite dans un « éloge » à la manière des grandes épigrammes. Nous nous trouvons devant un témoignage plus que d’actualité, écrit avec son meilleur style littéraire, et qui contient des vérités incontestables sur son positionnement politique et sa vision du drame cubain.

Reinaldo Arenas a eu une vie tragique et parfois semblable à des parcelles de son œuvre. Il a lutté pour sa liberté personnelle, il a défendu son œuvre jusqu’à l’obsession et la clandestinité, ainsi que la culture cubaine comme monument dont il savait qu’il faisait partie. Il fût interdit, frappé, brutalement persécuté, incarcéré et finalement jeté dans le détroit de Floride dans une embarcation de fortune qui le mena aux Etats-Unis, dans le triste exode forcé de El Mariel. Depuis son exile, il a conservé le même avis sur lui-même, sur Cuba et sur Castro. Il ne s’est jamais non plus senti à son aise à New York ni à Miami. Ses amis les plus proches disent qu’il avait plus d’affinités avec le Vieux Continent. Son autobiographie « Avant la nuit » a été adaptée au cinéma. L’acteur espagnol Javier Bardem a frôlé l’Oscar pour son interprétation dans ce film de la figure de l’écrivain cubain.

 

Eloge de Fidel Castro

REINALDO ARENAS

EL PAÍS - International - 07-08-2006

En cette période où presque tous les pays communistes marchent vers un processus démocratique, Fidel Castro s’est cloué au pilori de l’opinion publique pour avoir refusé d’accepter un quelconque changement, ni rien qui ait un air de perestroïka ou de démocratie. Moi, pourtant, avec mon esprit de contradiction, au lieu de critiquer le « Lider Maximo », je vais faire ici un bref récapitulatif de ses vertus.

Homme politique calculateur et astucieux, quand il prit le pouvoir en 1959, il avait trois options : 1) la démocratie, avec laquelle il aurait gagné les élections à l’époque, mais il aurait bénéficié d’un pouvoir éphémère et partagé avec l’opposition. 2) la tyrannie de droite ou conventionnelle, que n’offre jamais une sécurité absolue ni un pouvoir illimité. 3) La tyrannie communiste, qui à ce moment-là, en plus de le couvrir de gloire, semblait lui assurer un pouvoir à vie. Habile, Castro opta pour ce choix.

Profond philosophe, il a fait comprendre d’une manière ou d’une autre à ses sujets que la vie matérielle est chose futile, à tel point qu’il n’existe à Cuba presque aucune chose matérielle, et que le taux de suicides, selon des études étasuniennes sérieuses, est le plus élevé d’Amérique Latine.

Intellectuel lucide, il comprit que la majorité des artistes sont victimes d’un ego hypertrophié. A partir de 1959, il a commencé à inviter des écrivains remarquables, les recevant personnellement et leur montrant ce que lui voulait qu’ils voient. Castro a créé des prix littéraires internationaux, a fait la promotion de certains intellectuels fidèles, allant jusqu’au Prix Nobel, comme c’est le cas de Gabriel Garcia Marquez.

Economiste supra intelligent, il a instauré depuis près de trente ans le ticket de rationnement grâce auquel il évite l’inflation économique dans son pays, étant donné que le peuple ne peut presque rien consommer. De plus, il se consacre, par l’intermédiaire de ses généraux les plus distingués et avec la participation de Raul Castro (comme le constatent des documents publiés), au trafic international de drogues, ce qui lui apporte une importante entrée d’argent qui peut lui servir à financer son appareil de propagande à l’étranger et inciter la subversion armée en Amérique Latine.

Sexologue expert, il a préparé de magnifiques armées juvéniles qui agissent en tant que guide touristiques, traducteurs et qui divertissent gentiment autant les dames que les messieurs invités.

Eleveur et agriculteur notoire, il a réussi à faire qu’une vache (Ubre Blanca) donne tous les jours plus de cent litres de lait. Le pauvre animal a crevé et le lait continue d’être rationné à Cuba, mais le souvenir de Ubre Blanca reste dans la presse de l’époque et Castro a ordonné qu’on modèle de nombreuses copies de cet extraordinaire exemplaire bovin. En 1970, Castro a dit qu’il produirait dix millions de tonnes de sucre et « pas une livre de moins », et il ne s’est trompé que de deux millions de tonnes.

Elève appliqué et fidèle à son maître, il a suivi avec une orthodoxie irréprochable les leçons de Staline : d’une manière ou d’une autre il est débarrassé de ses adversaires politiques ou des personnages qui pouvaient assombrir sa gloire, de Hube Matos à Carlos Franqui, ou encore de Camilo Cienfuegos à Ernesto Guevara. Il a créé en 1961 les camps de concentration pour dissidents de toute sorte et il les a officialisés en 1966 en leur donnant l’ingénieux titre d’UMAP (Unités Militaires d’Aide à la Production). Il a transféré des villages entiers qui se trouvaient dans des zones de foyers de guérilleros anticastristes, vers de nouvelles villes parfaitement surveillées. Comme il l’a fait avec de nombreux paysans qui vivaient dans la province de Las Villas, lesquels durent s’en aller vivre dans une ville préfabriquée dans la région de Pinar el Rio, appelée Ciudad Sandino. Aussi, depuis près de trente ans, Castro met en pratique les purges politiques et les rétractations publiques. Dans ces situations, l’accusé, après avoir passé de nombreuses semaines ou mois dans les cellules de la Sécurité de l’Etat, avoue avoir commis tout type de crime, être un misérable et un traître contre-révolutionnaire et, bien entendu, un infidèle à Castro. Des exemples : le procès public de Marcos Rodriguez (fusillé en 1964), le procès du général Arnaldo Ochoa (fusillé en 1989) ou la confession de Herberto Padilla, dans lequel il dénonçait même ses amis les plus intimes et sa propre épouse, en 1971. Fidèle à sa politique de « bloc monolithique », Fidel Castro a approuvé publiquement l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, l’invasion de l’Afghanistan et le massacre par l’armée chinoise des étudiants de la place Tienanmen.

Homme d’Etat sagace, Castro sait parfaitement qu’un dictateur ne doit pas faire de référendum, en effet il perdrait le pouvoir. D’où ses fureurs, de son point de vue justifiées, contre tous les intellectuels (dont six prix Nobel) qui lui ont envoyé une lettre ouverte lui demandant de manière civilisée qu’il organise des élections libres. Castro a habilement refusé de consulter le peuple, ce que d’autres dictateurs moins rusés, pensant qu’ils allaient gagner, avaient accepté de faire. Voyez les échecs dramatiques du général Augusto Pinochet et du commandant Daniel Ortega.

Rien ne peut nous surprendre dans l’attitude actuelle de Fidel Castro. Tout au long de plus de trente et un ans au pouvoir absolu, il est toujours resté fidèle a lui-même, gouvernant avec une telle habilité machiavélique qu’aujourd’hui il est un des uniques héritiers de Staline qui persiste sur le trône.

Au peu de gens qui restent encore ravis par l’image « revendicatrice » et même « héroïque » du Commandant en Chef, qu’ils ne se fassent pas d’illusion. Ce même Castro a dit à travers son armée qu’il « ne céderait pas d’un millimètre quant à son idéologie » et il a déclaré qu’il « préférait que l’île se noie dans la mer avant de renoncer à ses principes politiques »… Bien sûr que c’est au peuple cubain de décider s’il veut cette noyade apocalyptique ou s’il préfère vivre en paix et en liberté comme le fait aujourd’hui heureusement une grande partie de l’humanité.

Traduction de l'article & du texte par Lamalie.

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18 juin 2006

Comment Philippe Claudel s'amuse

Je suis trop contente parce que samedi après-midi, au beau milieu d'une balade infinie dans la capitale, j'ai déniché (on m'a déniché d'ailleurs) un livre de Philippe Claudel que je ne connaissais pas, qui est un petit texte hors-commerce, et qui plus est, se trouve être un texte autour d'un voyage à Cuba!! Philippe Claudel n'est pas un auteur cubain, mais je m'autorise à étendre ma folie "Littérature cubaine" (qui me tient tjrs) à des auteurs qui parlent de Cuba. Surtout quand il s'agit d'un auteur dont j'apprécie tant l'écriture. Je ne mentionnerai jamais assez son magnifique et si touchant "Barrio Flores".
Je ne suis qu'au début de ses "Carnets cubains". Le passage que je vais vous faire partager ne parle pourtant pas de Cuba, mais d'écriture et d'écrivains, et le trip qu'il se fait là m'a bien amusée!
medium_Claudel_-_Carnets_cubains.jpg

"Le drame pour un bon écrivain est sans doute de ne survivre dans les siècles qu'associé au nom d'un cocktail, à la pratique de la pêche en mer, à une marque de fusil sur soi-même mise à l'épreuve, à l'ampleur des trophées de chasse cloués sur les murs de la salle venteuse d'une finca de rêve, dans la piscine de laquelle la légende dit qu'Ava Gardner se baigna nue. Mais après tout, Hemingway, dont plus personne ne lit les livres hormis peut-être son conte pour enfants, méritait-il autre chose ? Etait-il vraiment un bon écrivain ? On a le destin posthume que l'on peut. Somerset Maugham surnage un peu grâce au Singapore sling - j'ai beaucoup lu Somerset à vingt ans, et beaucoup bu son sling à trente, accoudé au bar du Raffles de Singapour en jetant par terre les écorces de cacahuètes, comme il se doit. On évoquera peut-être plus tard le nom de Régine Desforges parce qu'elle fumait ostensiblement des Cohibas, mais on aura oublié ses écrits. Jean d'Ormesson est connu pour sa cravate tricotée, Matzneff pour sa pédophilie, Amélie Nothomb pour ses chapeaux, Modiano pour sa timidité, Angot pour son inceste de trois mois, Sollers pour son fume-cigarette, Annie Ernaux pour sa grâce à tailler des pipes, Pennac pour sa myopie, Noëlle Châtelet pour son frère, Nourrissier pour la maladie de Parkinson.
Ecrire n'amène à rien. Ce ne sont pas les livres que l'on retient."

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03 novembre 2005

L'impossibilité d'un prix

Oui, bon il est facile ce titre. Mais bon voilà, le prix Goncourt a été décerné, et pas à celui dont on nous avait rebattu les oreilles, et dont j'en suis pourtant à 157 pages qui m'ennuient mais auxquelles je vais m'accorcher, puisque c'est ma lecture de chiotte, j'ai trouvé là un bon compromis, une manière d'accepter de le lire, parce que c'est débile d'avoir un avis négatif quand on n'a pas lu. J'aurai lu.

Sinon, Nina Bouraoui pour le prix Renaudot avec ses "Mauvaises pensées" et bien du coup je suis curieuse. Pas simplement parce qu'elle est jolie et qu'il semble qu'on ait des points communs, arf!! Non, mais j'ai bcp aimé certains de ses premiers livres (notamment "Garçon manqué" très joli), un peu moins ses plus récents.. Donc peut-être que je serai agréablement surprise par son dernier ? Nan mais bon.. Légitimement, j'ai droit de me demander..
Sinon, c'est la tempête par chez moi, tant qu'à faire d'avoir autant de pluie et de vent, il pourrait faire un peu plus sombre et orageux, ça serait le parfait décor pour un film d'ambiance sauf que ça serait la vraie vie!! Allez quoi, envoyez-nous des vrais éclairs, du vrai tonnerre déchirant le ciel, une vraie colère des Dieux, quoi, pas ce mini pipi des angelots ! Boudiou !
Sinon, c'est tout ce que j'avais à dire.

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02 novembre 2005

Hou la Moldu !

Oui. Sachez-le. Je ne suis qu'une vulgaire Moldu !
Dit c'est dit, fait c'est fait, c'est comme ça, hop walà, hop là hop.
C'est pas que je ne l'aime pas, ce brave Harry, ce n'est pas que je déteste son monde magique, au contraire, Dobby m'intrigue, Hedwige me donne envie de me reconvertir professionnellement, Poudlard m'impressionne, les tournois de Quidditch arriveraient presque à m'intéresser (hum..), Drago me fait rire, Hagrid me choubidouwoua, les espèces de voleurs d'âme m'inspirent, McGonagall est ma préférée, et bien d'autres choses encore ! Mais pourtant.. pourtant.. Ca me barbe. Ah, la la, j'entends déjà vos "houuuuuu ! La Molduuuuu !" indignés, et bien oui, criez-le, raillez-le, crachez-le, je suis une Moldu ! "Lamalie = Lamoldu !" Non, mais j'y peux rien, c'est franchement pas de la mauvaise volonté, vos débats passionnés me donnent envie de m'y mêler, mais quand j'y retourne, non franchement, les aventures de ces adolescents héroïques, moi, ça me barbe... (mouarf..)

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